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« No Title » de Nodey, la bande son inattendue des blocus lycéens

5 min de lecture

Par Ambre, 6 octobre 2026

Chaque génération qui se lève finit par trouver sa musique. En mai 68, on chantait dans la rue. En 2026, les lycéens qui bloquent leurs établissements ont choisi un morceau électronique de trois minutes, discret, presque oublié : « No Title » de Nodey. Sur TikTok, il accompagne la fumée, la foule, les ralentis. Et rappelle une chose simple : quand des jeunes veulent se faire entendre, la musique n'est jamais très loin.

Une génération qui se raconte en images

Tout commence le 21 septembre 2026, devant le lycée Saint Exupéry de Créteil. En quelques jours, l'élan gagne l'Île de France puis tout le pays. Le 30 septembre, 356 lycées sur environ 3 700 sont touchés (Planète Grandes Écoles).

Ce que réclament ces élèves est concret : des emplois du temps vivables, des sanitaires propres, des adultes en nombre suffisant pour les encadrer et les soigner (Sud Radio). Le mouvement connaît aussi ses débordements, avec plus de 5 000 gardes à vue selon le ministère de la Justice (Europe 1).

Mais ce qui frappe, c'est la manière dont cette jeunesse se raconte. Elle filme tout, poste sur Snap, TikTok et Instagram, pour être vue et pour exister (France 3). Et une image, pour devenir un récit, a besoin d'un son.

Un morceau qui a traversé une génération

Nodey est un DJ et producteur franco vietnamien, qui mêle beats de rap et musique traditionnelle vietnamienne (Goethe Institut). Il s'est notamment produit au musée du quai Branly en 2018, aux côtés de Rocé et Hyacinthe (quai Branly).

« No Title », lui, a déjà vécu une première vie. Le morceau s'est fait connaître grâce à Technophobe, le court métrage de Cyprien sorti sur YouTube le 24 janvier 2015. L'histoire d'un jeune homme devenu allergique à la technologie, qui avait cumulé près de 4 millions de vues en trois jours (Ozap) et fini troisième vidéo francophone la plus vue de l'année hors clips (Ozap).

Le clin d'œil est saisissant. Un film sur notre dépendance aux écrans a révélé ce morceau ; dix ans plus tard, il revient porté par une jeunesse qui fait des écrans son mégaphone. Les lycéens de 2026 étaient enfants en 2015, mais ils ont grandi dans cette culture YouTube française, celle de leurs grands frères et sœurs. « No Title » fait partie de ce patrimoine sonore partagé de la génération Z.

Longtemps diffusé sur YouTube, le titre n'est sorti officiellement en single que le 1er décembre 2025 (Deezer). Juste à temps pour devenir, quelques mois plus tard, la bande son d'un automne lycéen.

Ce que la musique donne à un mouvement

Personne n'a décrété que « No Title » serait l'hymne des blocus. Il l'est devenu, vidéo après vidéo. Et ce choix collectif dit beaucoup de ce que la musique apporte à ceux qui se mobilisent.

  1. Elle rassemble. Quand un lycée de Lille reprend le son d'une vidéo tournée à Créteil, il dit « nous aussi ». Le morceau devient un fil qui relie des élèves qui ne se connaîtront jamais.
  2. Elle donne de la gravité. Sur une mélodie lente et atmosphérique, une foule devant un portail cesse d'être un simple attroupement. Elle devient une scène, presque un film, et ceux qui y figurent se sentent acteurs de quelque chose de plus grand.
  3. Elle laisse la place. Un morceau qui s'appelle « sans titre » n'impose aucun slogan. Chacun y dépose sa propre colère, son espoir, son envie d'être entendu.
  4. Elle fait mémoire. Dans dix ans, ces lycéens réentendront ces premières notes et reverront cet automne. C'est ainsi que les musiques deviennent des marqueurs d'époque.

La bande son d'un moment

On pourrait croire que les algorithmes ont tué les hymnes. C'est l'inverse. Aujourd'hui, ce ne sont plus les radios ni les maisons de disques qui choisissent la musique d'une époque, mais ceux qui la vivent. Fin 2025, TikTok faisait déjà renaître « Ale », un titre philippin de 2007, près de vingt ans après sa sortie (Wikipedia).

« No Title » raconte la même histoire, en plus beau. Un producteur indépendant compose un morceau. Un youtubeur le fait découvrir à des millions de jeunes. Dix ans plus tard, ces jeunes et leurs cadets le reprennent pour dire au pays qu'ils existent.

La musique ne fait pas les mouvements. Mais elle leur donne une voix quand les mots manquent, et une mémoire quand les images s'effacent. Cet automne, cette voix n'avait pas de titre. Elle n'en avait pas besoin.

Écoutez le ici :
Spotify
Deezer
Apple music
Qobuz

Sources

  1. Planète Grandes Écoles, état du mouvement
  2. Sud Radio, revendications des lycéens
  3. Europe 1, réseaux sociaux et violences
  4. France 3, les blocus documentés sur Instagram et TikTok
  5. Goethe Institut, portrait de Nodey
  6. Musée du quai Branly, concert de Nodey en 2018
  7. Ozap, sortie de Technophobe
  8. Ozap, portrait de Cyprien
  9. Deezer, fiche du single

Merci de nous avoir lus.

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